...il y a donc pour une fois des "adieux" qui n'en finissent pas...

 

Quelques derniers mots comme je vous l'ai expliqué ce matin...

 

On commencera avec Charlotte ! Ben oui, quand même, la seule qui cette année aura trouvé une réponse à un quizz, ça mérite d'être au début...Charlotte, tu auras donc été, après bien des tentatives multiples de la classe, celle qui aura changé le destin. Pourtant, s'il y a bien eu un quizz où je me disais "alors là, le velvet underground, ils ne trouveront jamais..." il y aura surtout ce qu'il conviendra désormais de nommer ton triomphe. C'en est tellement admirable que tu seras la seule à avoir une chanson sans mots, sans paroles: quels mots, quelles paroles pourraient dire ta gloire ??!!  J'ai donc pensé à Yann Tiersen et son violon, pour une chanson qui s'intitule "Sur le fil". Car c'est bien ainsi que tu as "gagné", de peu: 1 victoire à zéro sur l'ensemble de l'année, vu le nombre de quizz, c'est peu. Mais c'est ! Et puis ce qui me fait sourire en réécoutant cette chanson des années après, c'est que je crois qu'avec son seul violon, Tiersen retranscrit exactement tout ce qui s'est passé dans ton cerveau ce jour là: ça commence par une relative douceur (= concentration, écoutons bien le quizz), puis le temps passant l'urgence approche, il va bien falloir trouver mais c'est difficile, là le violon se fait plus tendu, le moment devient grave. Puis c'est la folie: le violon s'emballe, tu vas trouver, tu vas trouver, vas-tu trouver ??? Puis d'un coup c'est fini, ça s'arrête: tu as trouvé. Et alors on entend quoi ? Des applaudissements...quelle chanson pouvait mieux traduire ce moment unique dans notre année ??

Charlotte, je te le dis: dans dix mille ans, le monde parlera encore de ce jeudi où en salle A101, tu as mis un terme à la malédiction des 1S2...un jour, il y aura ta statue à Victor-Louis...

 

Yann Tiersen - Sur le fil

Et comme la "vidéo" risque de pas marcher, voici le lien: https://www.youtube.com/watch?v=gKqHjFtX7iE

 

 

Romane...Romane, franchement...je pense que j'ai suffisamment évoqué cet instant atroce, inouï, insoutenable, inimaginable, où, alors que cela fait trente ans que mon coeur - comme celui de tout être humain un tant soit peu normal - saigne à chaque pensée de Nico et de sa mort si injuste, et toi, ce jour-là, quand je partageais ému et presque sans voix ce souvenir terrible, tu as avec ton rire qui dura 11 minutes (j'ai chronométré) achevé mon coeur déjà si perdu...Romane...quand même...Mais...mais...je me dis aussi que, finalement, très indirectement, tu as fait pour ta classe qui - comment dire - ne semble pas être hyper spécialiste en musique, tu as fait, donc, beaucoup, voire énormément, pour la mémoire de Nico, pour qu'on ne l'oublie jamais...Certes avec une méthode rarement vue, mais quand même, au final, je pense que je peux te remercier pour elle...Il te reste donc maintenant - quand même - à l'écouter: sa chanson la plus connue - pas la plus représentative car les albums de Nico sont souvent assez extrêmes, d'une noirceur presque inégalée dans l'histoire de la musique - mais là, c'est un moment intense et pourtant très doux de profonde (et RESPECTABLE je te prie) mélancolie. Une vraie chanson triste pour apprendre les beautés de la tristesse. Et bien sur tu suivras de près les paroles, par respect pour cette dame. Je te prierai aussi, si cela n'est pas trop te demander, en l'écoutant, de ne pas dire à ton écran :"ben alors Nico, tu veux pas faire une course en vélo avec moi ??" ou autres paroles déplacées...

Romane, jamais je n'aurais imaginé que Nico serait un jour évoquée dans mes cours. "Grâce" à toi, elle a eu une place de choix. Je reconnais donc ton habileté paradoxale à penser aux disparus...

 

Nico - These Days

 Et donc le lien puisque ce blog paraît peu hi-tech...   https://www.youtube.com/watch?v=0_z_UEuEMAo

 

Lou, Andgel et Bastien: Eh oui, d'une certaine manière je vous ai fait vivre - et je m'en excuse - la même situation: Lou, tu m'as donné un jour un devoir fait en plus: j'ai mis quatre mois (sinon cinq) à te le rendre. Andgel, tu es la seule qui avais fait une dissertation de haut-vol, et à peu de chose près j'ai failli oublier de mettre ta note sur pronote, le temps passait et si tu ne me l'avais pas dit, j'aurais probablement oublié: je m'en excuse. Bastien, tu m'as demandé 84 fois ta fiche d'oral blanc: elle a fini par arriver: je m'en excuse. Donc vous avez vécu par mon organisation disons...particulière, une expérience du temps qui passe et soit n'amène rien, soit risque de vous faire perdre une note méritée...cela m'a rappelé une chanson très étrange (et au texte magnifique) d'un monsieur très étrange: Loïc Lantoine. Il se définit lui-même comme faisant "de la chanson pas chantée". Et c'est vrai, vous allez voir. Cette chanson raconte donc une belle et étrange histoire: un garçon tombe amoureux d'une fille quand elle (et lui suppose-t-on) a 15 ans. mais au lieu de vivre cet amour, il lui donne rendez-vous 5 ans après. Puis 20 ans après. Puis 40 ans après: il la retrouve donc à ses 80 ans et...le temps n'a rien changé à son amour...il en conclut donc magnifiquement: "Je t'ai aimée à travers temps"...donc si évidemment je ne suis pas fier de vous avoir fait attendre, cette chanson aide un peu à relativiser: si on peut attendre son amour pendant 65 ans, qu'est-ce en comparaison que d'attendre une copie, une fiche ou une note pendant quelques semaines ?...

 

LL ATrTe

 Et comme d'habitude:    https://www.youtube.com/watch?v=lRNyB2XwIHA

 

 

Paco...Senor Paco devrais-je dire...dans ma façon de vivre un peu bricolée, j'aime bien me poser des interdits: des choses que, sauf événement imprévisible surgissant dans ma vie, je refuse et refuserai de faire: en gros: avoir un I-phone ou smartphone, avoir un compte facebook, avoir Skype, écouter un youtubeur, j'ai rajouté depuis peu écouter un chanteur qui utilise le vocoder, et puis enfin...ne jamais rester à côté d'un ou plusieurs garçons qui parlent football...dans ces moments-là, je suis capable, à la surprise de beaucoup, de partir en courant et de battre le record du monde de 100 mètres: le coureur jamaïcain dont j'ai oublié le nom n'arrive pas à me suivre...Eh bien je dois avouer - et c'est une joie - que si tous les supporters de foot étaient comme toi, je me remettrai bien en question (heureusement, ils ne sont pas tous comme toi. Donc je continue)...Plus sérieusement, merci de m'avoir lu un "poème", enfin, un joli texte avant de me remettre génialement à ma place en me disant: "c'est un texte des supporters de Bordeaux !" Chapeau-bas pour cela, mais : vraiment.

Donc pour toi, une chanson qui m'a toujours stupéfait: Miossec sur son premier album désormais bien vieux (je pense que vous n'étiez pas nés, j'évite de vérifier ce calcul) avait fait une chanson d'amour que je trouve géniale mais...comment dire...il utilise une métaphore filée (ceci est pour vos révisions)...totalement inattendue dans ce contexte...car elle est...footballistique...eh ben voilà: avant lui, j'aurais jamais imaginé que amour et football pouvaient exister ensemble (je ne parle pas de l'amour du ballon mais entre deux personnes, bien sur)...si on additionne tout ça, la chanson, la façon exemplaire dont tu es un supporter de foot, je me dis qu'un jour, il faudra que j'aille jeter un oeil dans un stade pour voir ce qu'il en est exactement. Mais dans une autre vie, hein, en espérant qu'il n'y en ait pas !...

 

Miossec Evoluer en Troisieme Division Boire

Et pour changer...    https://www.youtube.com/watch?v=wyT_o9LD3eE

 

 

Mélina...Ah Mélina...qui d'autre que toi - et j'y ai assez fait allusion, je sais, je m'excuse - aura réinventé à ce point toutes les notions à connaître pour le bac, aura redéfini les mouvements littéraires, les auteurs, les siècles, bref: tout...Si j'ai pu, peut-être, parfois, rarement, et très discrètement bien sur, en sourire ("Hugo surréaliste", dans trois copies successives, j'en suis venu à me demander si c'était "mon cauchemar familier" ou si tu te moquais de moi avec un aplomb digne de ta voisine qui rit des tragédies cyclistes), vu d'aujourd'hui, je me dis deux choses: tout d'abord, je t'en supplie, ne tente pas ce genre d'acrobaties littéraires inattendues au bac - ni écrit, ni oral (surtout pas oral STP); mais aussi, je me dis désormais autre chose. Je me dis, et j'ai surement mis du temps à le voir, qu'à ta façon (inimitable, crois-moi sur parole) tu inventes avec trois bouts de ficelle un autre monde bien plus étonnant que celui que l'on connaît, et finalement c'est peut-être parce qu'on est déjà, le reste de ta classe et moi, un peu ringards qu'on s'est dit: "Ben, Hugo mort en 1885, le surréalisme naissant après 1918, ça peut pas marcher ce qu'elle propose"...ça peut pas marcher, certes, sauf si on y croit finalement un peu...alors j'aime bien me dire que dans les années qui viennent, quand dans mes cours je dirais "...bla bla bla oui et donc, Hugo, romantique s'il en est, comme vous savez...", eh bien dans un coin de ma tête, je me dirais pour moi seul "...et aussi surréaliste, mais ça, chut, c'est mon secret"...

Donc une chanson vraiment bizarre (ah ben faut être à niveau de tes réinventions du monde !): la plus folle et son mari, Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, pour un duo des années 70 qui donne une chanson ...surréaliste ET scientifique: je ne plaisante pas ! Donc les questions de Brigitte Fontaine sont surréalistes, et les réponses d'Areski Belkacem sont absolument scientifiques...aujourd'hui ils ont 80 ans, et ils sont tous les deux toujours aussi fous: ça laisse rêveur...

 

Brigitte Fontaine & Areski L'Incendie

Pour écouter cette chanson totalement délirante:    https://www.youtube.com/watch?v=bJ_nT1fTTFQ

 

 

Ethan...S'il y a quelque chose qui aura traversé l'année de bout en bout - mis à part donc ces échecs collectifs récurrents aux quizz - ce fut assurément...tes questions à nulles autres pareilles ! Moi qui n'aime rien autant que les imprévus, pour le coup, j'ai été servi, et je t'en remercie. Je tiens aussi à te dire que je trouve assez admirable d'avoir le courage, dans un groupe quel qu'il soit, de persévérer à rester soi-même, qu'importe ce qui peut en être dit. Alors si évidemment la plupart du temps je n'avais pas de réponse à ta question (ainsi, tu auras un peu été mon boomerang de quizz !), le fait qu'elles existent me donnait souvent l'impression si joyeuse que nous quittions, par elles, les murs de nos salles et la préparation à l'examen, pour aller un peu on ne savait où, mais au moins: ailleurs.

Et cela m'a rappelé une chanson que j'aimais tant et que j'avais oublié, du groupe Tarmac. Tarmac, c'est le chanteur et le violoniste de Louise attaque: quand ils en avaient marre du succès délirant de Louise Attaque, ils faisaient discrètement leurs disques de Tarmac, pas grand monde les écoutait, et ils étaient très contents ainsi. Cette chanson, Post-scriptum, n'est pas d'eux: c'est un texte du poète portugais probablement le plus magistral: Fernando Pessoa. Eh ben tu vas voir: la première phrase, on dirait une question de toi. C'est magique ! Et après le reste du texte me renverse d'émotions et de questions: c'est une interrogation constante, une recherche, sur la plus douce et agréable des questions je trouve: comment vivre ? De quelle manière ? Et les quatre derniers mots sont pour moi une des plus belles propositions de manière de vivre que j'aie jamais entendu; en quatre mots, fallait le faire...

 

Tarmac - Post-scriptum

 

 la voilà la voilà:       https://www.youtube.com/watch?v=aTd8E9PzCmw

 

 

Solène: j'ai essayé et j'ai pas trouvé. Manque de temps. Je m'excuse. Je voulais trouver une chanson évoquant deux personnes qui se croisent toujours aux moments les plus improbables, mais comme je veux que ce soit des chansons que je connaisse, eh ben j'ai pas trouvé, je suis sur que j'en ai dans mes piles infinies de disques, mais je n'ai pas eu le temps. Donc j'en profite pour te demander par quel mystère, dans ce qui est le plus grand lycée de la région, dans ce lieu immmmmeeeeennnnnse, où si tu cherches quelqu'un tu es certain de ne jamais le trouver - comment alors était-il possible que quel que soit le jour, l'heure et l'endroit du lycée, chaque fois, je te croisais à un moment ??!! Cela restera un grand mystère, mais sans chanson l'accompagnant, donc...

 

 

Pour l'ensemble de la classe, enfin: j'ai assez parlé ce matin, j'espère que mes mots auront été assez clairs, précis et justes...Je ne suis pas sur de ce souvenir, mais même s'il est faux, j'aime bien l'idée que cette curieuse et inattendue tradition des quizz a commencé un jour avec une chanson de Saez, mais honnêtement je n'en suis plus sur. Une chose dont je me souviens clairement, c'est que j'avais été surpris que vous ne le connaissiez pas - puisque c'était des élèves il y a dix ans qui me l'avaient fait découvrir. Mais du coup je trouve cela très bien: cela permet un passage de relais incessant, des élèves me l'ont donné, je vous le refile, vous en ferez bien sur ce que voulez: rien, ou quelque chose.

Donc pour conclure (mais il y a un PS...) je vous mets deux chansons qui collent exactement à ce qui, donc, aura été notre histoire.

Les cours des lycées, sans qui on se serait jamais croisés. Et Jeunesse lève-toi (..."sont nos amours toujours au bord du précipice"...), parce que dans ces temps anciens où j'étais votre prof, quand vous rentriez en classe, je vous disais de vous asseoir. Maintenant je ne suis plus votre prof, je peux donc vous dire de vous lever...

 

-SAEZ- Les cours des lycées (Clip)

 Et donc ici.....https://www.youtube.com/watch?v=g7XWBbjAOgA

 

SAEZ Jeunesse lève-toi

 et là....  https://www.youtube.com/watch?v=x5DpM2narOU

 

Voilà, j'en ai terminé...à nouveau j'en ai assez dit ce matin pour n'avoir pas à chercher de conclusion parlante: notre année fut parlante.

Dans une de leurs chansons, les Têtes Raides disaient ce qui selon moi est une des plus jolies manières de partir: "Adieu les gens, je pars content". Ce qui signifie non pas je suis content de partir, mais bien sur: je pars content de ce que nous avons vécu...

                                            MJ

 

 

PS: Une dernière chanson très étrange et très belle à sa façon, pour votre oral: Christophe a 74 ans aujourd'hui, mais plus de jeunesse éternelle que d'âge. Dans cette chanson très bizarre, ça démarre dans une sorte de magma d'où on entend It must be a sign...puis à un moment, le calme se fait et une très vieille dame se met à parler: elle évoque une jeune fille et la façon dont cette jeune fille lisait un écrivain qui s'appelle Artaud. Et elle dit, de sa voix toute tremblante mais comme émue à jamais par ce souvenir, que "quand elle lisait Artaud, alors là, c'était..." et vous irez écoutez l'adjectif qu'elle met. Je vous souhaite, à chacune et chacun, que l'examinateur de votre oral se dise cela de votre oral...et puis après la chanson part on ne sait où, avec d'étranges choeurs d'enfants ou d'anges, on ne sait, mais ça part haut, et loin...un peu comme nous, donc...

 

It Must be a Sign - Christophe - (Album "Aimer ce que nous sommes")

 Here It is...https://www.youtube.com/watch?v=Jls1K10l1RE

 

 

"Le passé, ce n'est pas ce qui a disparu, c'est au contraire ce qui nous appartient...ce qui nous appartient maintenant, c'est les souvenirs qu'on a tous les deux...

...donc, tu as un peu raison, mais n'empêche, peut-être que tu as un peu tort aussi. Voilà, c'est le seul conseil que je peux te donner aujourd'hui: il faut toujours prévoir que - évidemment on a raison - mais c'est toujours possible qu'on ait un peu tort, en plus. Sans s'en rendre compte. Et avoir un peu tort, c'est une très bonne nouvelle ! Ca veut dire qu'on n'a pas déjà toute la solution. Et que la vie va être bien plus étonnante et pleine de surprises que ce que l'on croyait..."